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Perspectives
L’humanité dans l’oeuvre de René-Jean Dupuy
par Florian AUMOND, doctorant à l’Université d’Angers
2005
L'HUMANITE DANS L'OEUVRE DE RENE-JEAN DUPUY
Florian AUMOND Doctorant à l'Université d'Angers
INTRODUCTION
« Ouvertures en droit international ». Ce titre ne pouvait tomber plus à propos pour un hommage à René-Jean Dupuy tant il est vrai que cette notion d'ouverture semble lui être indubitablement attachée.
Elle est en premier lieu celle du cœur. Né le 7 février 1918 à Tunis d'un père algérois et d'une mère napolitaine, il va conserver sa vie durant cette « sociabilité » dont il dit lui-même qu'elle constitue l'un des traits caractérisant l'homme méditerranéen. En attestent les amitiés multiples, profondes et réciproques le liant avec la quasi-totalité du vaste monde des internationalistes et bien au-delà encore. Cœur ouvert tout autant que généreux d'ailleurs.
L'ouverture caractérise ensuite son œuvre (que nous entendons ici dans un sens large, c'est-à-dire ce qu'il a accompli). De fait, celle-ci est considérable. Considérable eu égard aux multiples activités qu'il a menées. Docteur en droit à l'université de Paris en 1948, agrégé en 1950, il devient Professeur à la faculté d'Alger de 1951 à 1956. Il use ses craies par la suite à Aix-en-Provence (1956-1969), Nice (1962-1978), Paris (1968-1970). Surtout, en 1979 est créée à son intention, après plus d'un siècle de vacance, une Chaire de Droit international au Collège de France. Enseignant apprécié et admiré tant par ses étudiants que par ses collègues, il est présenté comme passionné par ses fonctions d'universitaires. « L'université était sa maison » dira son ami Jacques Leprette. Mohammed Bedjaoui rapporte d'ailleurs à ce propos le vœu de René-Jean Dupuy que sa robe de professeur soit celle qui recouvre son cercueil. Cette robe est pourtant loin d'être son seul uniforme. Il porte aussi celle du magistrat, au Conseil d'Etat de Monaco, au Tribunal arbitral belgo-néerlandais pour les eaux de la Meuse et de l'Escaut, à la Commission européenne des droits de l'homme (1974-1980). Il exerce également ses talents de praticien en tant qu'arbitre unique, membre de tribunaux arbitraux ou encore conseil devant la Cour Internationale de Justice ou devant le Tribunal arbitral franco-britannique. Le costume du diplomate lui sied en outre parfaitement, qu'il porte au sein des Délégations française et du Vatican. Costume, ou plutôt chemise, qu'il n'hésite pas à retrousser dans le cadre de ses fonctions de Président ou de Secrétaire général de multiples organismes.
Son œuvre est considérable également eu égard aux nombreux domaines dans lesquels s'est épanchée sa soif de connaissance. Le droit international y occupe bien entendu une place de choix. Cette matière, dont la vocation lui aura été révélée par un heureux coup du hasard et grâce à celui qui demeurera toute son existence un maître, est ainsi au cœur de sa première « réflexion d'envergure » portant sur « Le nouveau panaméricanisme ». Par la suite, presque tout le vaste champ de la matière fera l'objet d'une étude de sa part. Les idées politiques aiguisent également son intérêt, qu'il enseigne à Paris de 1968 à 1970 et qui font l'objet d'une réflexion générale en 1969 et d'une étude sur la pensée de Benjamin Constant. La philosophie en outre est soumise à sa sagacité. Il est notamment l'auteur d'un essai sur la « Politique de Nietzsche ».
Mais si les pas de ce quêteur insatiable de savoirs le mènent dans des chemins innombrables, cela n'altère en rien la qualité de ses investigations. Car, quand bien même le regard de ce « prince de l'éclectisme » « embrassait largement », il n'en demeure pas moins qu'il « scrutait profondément ». De la même manière, la rhétorique superbe de ce « magicien du verbe », dont les formules raisonnent encore dans l'esprit de ceux qui l'ont écouté ou lu, n'est pas une rhétorique creuse. Elle est, comme le souligne Denis Alland, une « rhétorique cicéronienne, en ce sens que le beau discours est un discours du vrai ». Elle alimente et ornemente une pensée nourrie « au pain des juristes » et abreuvée « aux sources des grands poètes » et au sein de laquelle se marient ses méditations philosophiques et ses réflexions sur le droit international. C'est ainsi que si ses trois « maîtres ouvrages » (et les deux derniers plus encore que le premier) La communauté internationale entre le mythe et l'histoire, La clôture du système international. La cité terrestre, et L'humanité dans l'imaginaire des nations, ont une indéniable coloration juridique, ils n'en sont pas moins « à forte teneur philosophique ». Ils confirment et consacrent ainsi René-Jean Dupuy en tant que « penseur du droit » selon les termes du doyen Georges Vedel ; « intelligence du droit » pour Hubert Thierry, il est de fait selon Emmanuelle Jouannet l'un des deux grands juristes contemporains, avec Michel Virally, à avoir fait œuvre de philosophie . Et celle-ci est portée par une méthodologie elle-même empreinte de cet esprit d'ouverture.
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